Cohabiter, un peu, beaucoup, passionnément…

Cohabiter

Cohabiter, un peu, beaucoup, passionnément…

Baisse de revenus, crise immobilière, parents vieillissants, besoin de liens ou d’espace, les raisons d’inventer de nouveaux modes d’habiter ne manquent pas. On fait le point sur les solutions alternatives, de la version la plus « light » à la plus participative.

 

 

UN PEU…

Un bout de jardin pour manger local

Aujourd’hui plus 70 % de la population vit en ville tout en rêvant de nature. Pour se mettre au vert, sauf à se contenter d’un balcon ou d’une terrasse, les citadins redécouvrent les vertus des jardins partagés qui savent joindre l’utile à l’agréable, les économies d’une récolte au plaisir de manger local… Depuis 2010, le net sème quantité de sites (plantezcheznous.com, pretersonjardin.com…) mettant en relation fans de la binette et propriétaires « terriens ». L’idée ? Offrir aux premiers un lopin de terre à cultiver et aux seconds la possibilité de consommer des légumes frais. Pas d’argent entre les deux, juste un deal : le jardinier cède une partie de sa précieuse récolte à son obligé (en général autour de 20 %). Faisable si l’on accepte une promiscuité quasi quotidienne dès que les beaux jours arrivent. Mais plutôt rentable puisque bien exploité, un potager de 50 m2 peut nourrir deux personnes. Autre option : les jardins familiaux mis à la disposition des habitants par certaines communes. Direction jardins-partages.org pour dénicher une parcelle près de chez vous.

… BEAUCOUP,

Jamais sans mes parents…

Un licenciement, un salaire trop bas pour payer un loyer, un divorce… et pour les plus jeunes c’est retour au bercail. En France, ils étaient près de 12 %* en 2011 à revenir chez papa-maman.
A l’autre bout de la vie, c’est souvent la maladie ou la solitude qui installe un parent chez ses enfants. Si en ces temps difficiles, la famille est un abri, cohabiter reste un exercice difficile. Question de territoire. Alors, pour que chacun ait sa place, c’est souvent travaux à tous les étages. Insonorisation côté chambre, histoire de préserver son intimité, aménagement d’un deuxième coin toilette pour éviter la bousculade (et les tensions) dès le réveil, création de rangements supplémentaires pour se protéger des débordements… Il y a de quoi faire. Et plus encore lorsque la personne est handicapée : w.-c. rehaussés, barres d’appui, déclenchement automatique de l’éclairage ou revêtements antidérapants sont parfois nécessaires pour assurer une autonomie. Il existe heureusement des aides pour financer ces travaux. Renseignements auprès de l’Agence nationale de l’habitat (anah.fr) et sur impot.gouv.fr.

….PASSIONNEMENT

Une chambre contre un peu de compagnie

Les enfants ont quitté le nid et la maison sonne le vide. Mais pas question pour autant de déménager pour un logement plus petit. La solution ? Mettre une chambre vacante à disposition d’une autre personne, un étudiant le plus souvent (mapiaule.com, lokaviz.fr). Une option de plus en plus choisie par de jeunes retraités ou des seniors qui voient là le moyen de diminuer leurs frais soit en partageant les charges soit en percevant un revenu complémentaire… non imposable à condition de respecter les plafonds fixés par l’administration fiscale. Pour 2015, ils s’établissent à 184 euros par mètre carré, hors charges, en Ile-de-France et à 135 euros partout ailleurs
C’est aussi une façon d’échapper à la solitude pour peu que l’on accepte de tout partager… les confidences et le frigo !

Le fantasme de l’auberge espagnole

Solution anti-crise ou mode de vie convivial ? La frontière est ténue, mais il semble que la « coloc » ne soit plus l’apanage de la vie estudiantine. Pour preuve les chiffres en constante augmentation… chez les jeunes actifs. Les 25-35 ans seraient aujourd’hui 54%** à vivre en colocation. Quant à la part des plus de 40 ans, elle aurait augmenté de 43 % en deux ans*** ! Certains sont à un tournant de leur vie (divorce, chômage, mutation professionnelle…) et ont autant besoin d’économiser que de rompre leur isolement. D’autres sont salariés depuis plusieurs années et capables de payer le loyer d’un deux pièces. Mais tous ont en commun l’envie de vivre en grand format même s’il leur faut composer avec une chambre improvisée dans une salle à manger pas toujours au top de l’insonorisation.

… A LA FOLIE

Entre amis, mais chacun chez soi

Vu de l’extérieur, rien ne distingue un habitat participatif d’une copropriété classique. Pourtant, les différences existent. Il y a celles que l’on découvre sitôt le seuil de l’immeuble franchi : un rez-de-chaussée (le plus souvent) avec un atelier de bricolage, une buanderie et (ou) des chambres d’amis destinées aux proches de passage, et des étages découpés en appartements privés. Il y a enfin celles, nettement moins visibles, qui concernent tout un immeuble. Un logement participatif c’est un projet immobilier de 5 % à 15 % moins cher qu’un programme neuf livré clés en main, financé, construit et géré avec des amis ou des personnes dont on partage les valeurs. C’est aussi, et de plus en plus, une architecture bioclimatique et des dépenses énergétiques maîtrisées qui l’inscrivent d’emblée dans une démarche écologique. On est loin de l’habitat communautaire et parfois baba cool des années soixante-dix dont il s’inspire ! Si en Allemagne 20 % des logements neufs concernent l’habitat participatif, on compte seulement 400 projets achevés ou en cours en France (Rhône-Alpes, Bretagne et Ile-de-France en tête). Valorisé par la loi ALUR, ce type d’aventure est encore freiné par la complexité du montage juridique et financier, le prix et la rareté des terrains… et le côté un brin décalé de ce mode de vie « alternatif ».
(Sources : * Eurostat,** CSA, *** appartager.com)

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